Suomalais-afrikkalainen kulttuurikeskus ja taiteilijaresidenssi

Villa Karo

Le vodun et la gestion durable des ressources naturelles 

lacaheme

Fishing in the sunrise at Ahémé lake / Peche sur le lac Ahémé au lever du soleil

Quelques interdits endogènes pour la gestion durable des ressources naturelles !

  1. Certains adeptes de vaudou ne mangent pas des races de poissons et de crustacés comme le silure noir (Clarias sp)
  2. L’interdiction de l’utilisation des filets à mailles fines “mandovi” et “Gbagba-Loulou”, l’enlèvement des barrages à nasses « xa » et des akadja du chenal Ahô, une auto surveillance de l’utilisation d’instruments prohibés
  3. A Akodéha, un village lacustre du lac Ahémé, il n’y a pas d’activités de pêches les dimanches : C’est une loi autour du vaudou Avlékété, une frayère qui constitue un lieu de reproduction des poissons et autres produits halieutiques.
  4. A Grand-popo, les pêcheurs ne vont pas en mer, ni sur le fleuve Mono à chaque veille du marché de Comé mais ici ces interdits sont contrôlés par le vodou MAMI WATA.

En conclusion nous constatons que les arbres qui ne doivent pas être utilisé par certains adeptes du vaudou au bénin, sont des arbres dont la régénérescence prend plusieurs années ou des arbres rares. C’est dans la logique de la protection de la biodiversité que certains interdits de la culture vodou ont été établis depuis des décennies. Par ailleurs, la suspension périodique des activités de pêche et de champ surtout à la veille de certain jour de marché suivant les localités est un moyen ancestral qui permet une gestion durable des ressources naturelles.

La perception traditionnelle des ressources lacustres et de leur gestion est fondée sur les coutumes des populations. Le non-respect des interdits et tabous serait la principale cause de la baisse de la productivité et des décès par noyade. Les fondements sociologiques et la vision endogène des ressources lacustres méritent d’être complétés par une gestion technique des aménagements piscicoles. Les modèles socioculturels de gestion développés par les Pédah, les Xwla et les Sahouè autour du lac Ahémé et du fleuve Mono s’inspirent des forces occultes des divinités Avlékété, Adikpo, Kpinsou, Dagbohonsou, Tohagogossou Kouffo-aho, Yètè, Gboclo, des croyances, rites et interdits.

Les gardiennes des zones humides

Les divinités des eaux sont les gardiennes des zones humides et de leurs riches diversités biologiques. Dan, Héviosso, Mami, Avlékété et Tohosou sont vénérés avec le respect des interdits liés à eux pour la préservation des ressources naturelles.

 Tohè

Sans doute parce que l’eau potable est source de vie, et que cette eau potable vient des eaux de surface. Le crapaud, respectueusement appelé tohè (oiseau d’eau) sert d’emblème à leurs fidèles. Animal sacré, il symbolise la fécondité, l’abondance et la présence permanente de l’eau. Il ne doit faire l’objet d’aucune maltraitance, surtout pas en présence des adeptes des tovudu auprès de qui, le cas échéant, le contrevenant doit alors s’acquitter d’un forte amende. Pour les écologistes des temps modernes, le crapaud est le bio-indicateur par excellence d’un environnement propre, diversifié et biologiquement équilibré. Il montre une grande capacité d’adaptation à son milieu. Les tovudusi, adeptes de ce culte, font dès lors figure d’éco-citoyens avant l’heure, affichant pour principe, entre autres, le strict respect de toute vie, animale, végétale ou humaine.

Hêbiosso

Laissez-moi vous présenter Hêbiosso, dieu du tonnerre, de la foudre et de la pluie, l’une des plus importantes divinités du panthéon vaudou de Grand-popo. Ce dieu du tonnerre et de la foudre est aussi celui qui tient le robinet de la pluviométrie et qui donc régule les rythmes agricoles. On doit lui faire des offrandes et des sacrifices lorsqu’un individu va pêcher dans une zone interdite de pêche par la divinité  Avlékété représenté par les Avlékété-tins dans le fleuve Mono à hauteur de la localité de Avlo.

Le Fétiche Avlékété (Appelé « Avlékété-Tins »  enclos entourant le vodou  Avlékété)

Comme le lac Ahémé, le fleuve Mono est une plan d’eau au bénin qui joue un rôle primordial dans le développement socio-économique du Bénin puisqu’il regorge une diversité d’espèces halieutiques (poissons, crabes, crevettes, etc.) exploitées par les populations du sud Bénin. Ce fleuve Mono traverse Grand-popo qui est aussi une ville côtière dominée par la pratique intense de la pêche à la fois fluviale et maritime.

La dégradation poussée de l’écosystème du fleuve Mono entraîne inexorablement la diminution de la production halieutique. Ainsi, des stratégies d’adaptation et de gestion du lac s’avèrent nécessaires pour un accroissement de la production halieutique. Les populations riveraines, à défaut de draguer le lac, adoptent la technique de trous à poissons. Par ailleurs, la sacralisation de certains endroits du lac avec le fétiche Avlékété (appelé « Avlékété-tins » : enclos entourant le Vodou  Avlékété) constitue une autre forme de gestion du fleuve. Cette pratique consiste à conserver la ressource halieutique pour une pêche durable. Ainsi personne n’a le droit d’aller pêcher à cet endroit qui en réalité présente des meilleures conditions écologiques où les poissons viennent se frayer pour la pérennisation des espèces.

Chaque année, des rites de sacrifices, de danses et de prières sont faits en l’honneur du fétiche Avlékété avec une interdiction d’une semaine de pêche dans tous les villages lacustres du lac Ahémé, suivis de la cérémonie d’Awilé dans les villages lacustres. Ce rite traditionnel permet la reconstitution écologique, un fait endogène à encourager dans le processus de conservation de la biodiversité halieutique pour une gestion durable des plans d’eau, sources de revenus des populations riveraines.

Cette méthode de conservation écologique endogène constitue aujourd’hui l’une des stratégies ancestrales efficaces, de développement de la pêche sur des plan d’eau au bénin; auquel s’ajoute la restauration des forêts de mangrove aux abords des lacs et fleuves pour une forte productivité.

L’hippopotame (Hyppotamus Amphibus) : Origine d’une pratique durable de pêche dans certaines zones humides au Bénin

Les mythes de la région vaudou donnent à l’hippopotame une image d’un géant destructeur mais aussi d’un grand sauveur et protecteur. La plupart de la population lacustre considère l’hippopotame comme un animal à protéger parce qu’il est soit un fétiche.

Communément appelé «Sinmègni» ou «Dègbo» ou encore «boeuf d’eau» dans le sud-bénin, l’hippopotame a une place importante dans les croyances des populations locales. Dans tous les villages riverains du fleuve Mono et du lac Ahémé, on parle de l’hippopotame avec amour et respect. L’hippopotame solitaire qui vit dans ces plan d’eau est considéré comme un fétiche et très vénéré par les populations.

Cet animal serait, selon elles, la seule chance qui leur permet encore de trouver quelques poissons. A Tohonou il existe un fétiche du nom de «Djègnon» dont l’animal serait l’esprit. Pour cela, cet hippopotame est très vénéré par la population. Selon le chef du village de Tohonou, la sacralisation de l’animal réside dans le fait qu’il réduit considérablement la prairie à Paspalum vaginatum du lac Toho. Dans ce village, l’envahissement de ce lac, il y a environ 25 ans, par cette graminée avait sérieusement limité les activités de pêche. Son broutage intensif par l’hippopotame immigré dans la localité a permis de récupérer une surface d’eau considérable et propice à la pêche. C’est pour cela que des cérémonies sont organisées chaque année à ce fétiche qui symbolise l’hippopotame pour les populations.

En reconnaissance à l’animal, les activités de pêche sont interdites sur le lac Toho et plus tard le lac Ahémé pendant la journée du dimanche. Le but de cette attitude étant d’assurer la quiétude de l’animal afin qu’il ne migre pas vers d’autres régions et de réguler l’exploitation des ressources halieutiques du lac. Ces interdits sont adoptés par la suite dans d’autres zones humides pour la gestion durable des plans d’eau. Nous pouvons tous les villages se trouvant le long du lac Ahémé et du fleuve Mono. C’est le Vodou Zangbéto qui veille au respect de ces interdits dans ces villages.

 Notons que c’est pourquoi les activités de cet hippopotame sont plus intenses le dimanche sur les berges du lac Toho où le tourisme de vision de l’animal n’a lieu d’ailleurs que ce jour.

Le Vaudou et les tortues marines à Grand-popo

Turtle babies in Grand--Popo / Des tortues bébés au Grand-Popo

Turtle babies in Grand–Popo / Des tortues bébés au Grand-Popo

Malgré que la viande de la tortue marine soit consommée et utilisée dans la médecine traditionnelle à Grand-popo, il existe des interdits et des considérations socioculturelles endogènes qui permettent la protection de l’animal dans la zone côtière et fluviale de Grand-popo.

39,55 % de la population ‘’popo’’ vénèrent les tortues marines. Les pêcheurs Adan (Ghanéens) auraient été sauvés par une tortue luth Dermochelys coriacea suite à un naufrage de leur barque. Ladite tortue aurait transporté les ancêtres sur sa dossière jusqu’à la plage. Chez ces ethnies les tortues marines sont marquées par un tabou et ne sont ni tuées, ni consommées. Ces populations offrent un culte aux tortues et procèdent à des rituels et des sacrifices lorsqu’une tortue s’empêtre accidentellement dans leurs filets et meurt. Pour les Adan et même certains togolais, la consommation de la viande de tortues marines apporte un malheur et ces peuples n’acceptent pas des compagnons qui mangent cette viande à bord de leur barque pour la pêche, histoire d’être victime d’un accident en mer ou d’une mauvaise pêche.

 D’autres pêcheurs originaires du Togo ont porté à notre connaissance une légende similaire selon laquelle les tortues marines constituent un dieu qui aurait orienté leurs ancêtres pêcheurs perdus en haute mer en période de brouillard et les ont guidés jusqu’à la côte. Ces actions généreuses des tortues marines ont amené ces diverses communautés à développer des totems pour ces espèces.

Sur le plan spirituel, les tortues marines représentent le fétiche (Gueinyêhoué ou fétiche des Guein) des adeptes (« Mamissi ») de « Mamiwata », la déesse de la mer. Selon les croyances de ces derniers, les tortues marines constituent un moyen de déplacement en mer. C’est dans ce même sens qu’un adepte du tonnerre dans le village de Gbècon, utilise les crânes des tortues marines pour constituer ses idoles qu’il attache à la hanche afin de jouir de la protection de ces animaux.

 

Tableau1 : Noms vernaculaires des tortues marines dans les deux principaux dialectes de Grand-popo.

Espèces de tortures marines Nom vernaculaire chez les ethnies
Mina Xlwa
Lepidochelys olivacea “Eklo” (Tortue à carapace) “Eklo” (Tortue à carapace)
Dermochelys coriacea Agbossêguê” (la plus géante) Ehou”
Texte par Blanchard Oboubé DJOSSOU. Personnes ressources : MONTCHO A. Damien, Pêcheur, Grand-Popo ; LIHOUNKOUNTO Ganhouégnon  Chef traditionnel, Kpomassè ; ADIGBLI Jérôme, Comité de pêche, Bopa ;  Bernard Capo- Chichi de l’UNIVERSITE D’ABOMEY-CALAVI (Les gardiennes des zones humides) Photos: Maikki Salmivaara
 

               

M ENVIRO, Oboubé Blanchard DJOSSOU
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